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Qu’est-ce que l’illettrisme ?

Mardi 14 juin 2011

Objet de confusions un brin paternalistes, l’illettrisme n’est pas l’analphabétisme, ni l’apanage des immigrés. Il est le « mal des humbles », comme le définit Philippe Marchal, président du Syndicat de la presse sociale, engagé depuis quinze ans dans la lutte contre cette forme d’exclusion silencieuse.

Extrait de « Illettrisme, mise au point« , paru dans Le Monde le 19 octobre 2010

« Avant tout, il ne faut pas confondre illettrisme et analphabétisme. Le deuxième terme s’applique à la situation des personnes n’ayant jamais été scolarisées qui ne maîtrisent pas les notions de base et pour qui se cumule parfois la difficulté de l’apprentissage de la langue française.

Pour ce qui est de l’illettrisme, cela concerne des personnes qui sont allées à l’école, en France, qui ont normalement appris à lire, écrire et compter et qui, peu à peu, par manque de pratique, de sollicitation, ou parce que les circonstances de leur apprentissage ont été défavorables, n’ont pas su ou pas pu mettre à profit ce qu’ils avaient appris à l’école. Or, comme l’école est obligatoire en France, on aurait tendance à penser que l’illettrisme n’existe pas, à moins qu’on ne l’associe à une vague et presque coupable inculture. Pourtant, l’illettrisme ce n’est pas d’être privé de la lecture de Rabelais en ancien Français, ce n’est pas non plus la liberté prise avec l’orthographe ou la syntaxe dans les devoirs de quelque étudiant désinvolte. Être illettré, c’est être incapable de se débrouiller dans les situations de la vie courante. C’est ne pas pouvoir lire une notice de médicament, un horaire de bus, une carte postale. C’est courir le risque de ne pas comprendre une consigne de sécurité à l’usine, sur un chantier. »

Pause vidéo, issue du festival Mot à Maux :

« Deuxième idée à laquelle j’aimerais m’attaquer, c’est cette collusion que l’on fait entre illettrisme et immigration. C’est là qu’il est bon de rappeler quelques chiffres. (…) La moitié des illettrés ont plus de 45 ans, ce sont surtout des hommes (59 %) et ils vivent surtout en zones rurales. Seuls 10% d’entre eux vivent dans des zones urbaines sensibles, où l’illettrisme atteint 18% de la population, soit le double de la moyenne nationale. Mais surtout, 74 % des illettrés parlaient tout simplement et uniquement le français à la maison à l’âge de cinq ans. On est donc très loin du cliché du jeune immigré de banlieue.

(…) Selon A. Camus : « une société se juge à l’état de ses prisons ». C’est dire combien on juge une société à la façon qu’elle a d’exclure une partie de ses membres. Aujourd’hui nous voyons l’illettrisme comme une forme d’exclusion, une prison mentale, un bannissement hors des murs de la cité. Voilà qui doit susciter chez nous un sursaut. »

Philippe Marchal, président du Syndicat de la presse sociale (SPS)

Lire la suite (qui est très bien)

En savoir plus :

Le Syndicat de la presse sociale

Le festival Mot à Maux, des vidéos contre l’illettrisme.

Agence nationale de lutte contre l’illettrisme

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