Taïwan : ce soir je serai la poubelle pour aller danser
Crise oblige, l’Europe va devoir songer à un service public moins onéreux. Nos dirigeants appellent cela la rigueur. On économise dans tous les secteurs, on se serre la ceinture, on tourne son portefeuille au moins sept fois dans sa poche avant de dépenser le moindre euro. Mais il suffit parfois de voir un peu plus loin que le bout de sa fonction publique pour comprendre qu’on peut économiser de l’argent, de manière ludique, utile, tout en assurant un service cohérent aux citoyens. A Taïwan, tous les soirs, un camion poubelle annonce son arrivée aux résidents par une petite musique douce et entraînante. Les Taïwanais n’ont plus qu’à venir déposer leurs différentes poubelles directement dans la benne située sur le véhicule.
Passionnée par l’Asie, Priscilla s’est lancée dans le projet fou de trouver du travail à Taïwan, armée de son seul CV et d’un sac à dos. De la constitution de son projet à la découverte du pays, en passant par les difficultés administratives, les doutes et les réussites, elle fait partager son expérience sur son blog. Elle raconte qu’elle n’a pas tout de suite compris à quoi servait ce ghetto blaster monté sur roues : « Tous les soirs, les camions poubelles arpentent les différents quartiers de la ville, à grand renfort de musique ( »Lettre à Elise » notamment) et moi qui pensais qu’il s’agissait du camion de glace et me précipitait avec ma monnaie, l’eau à la bouche, j’ai vite déchanté. Tous les soirs, les habitants de chaque rue sortent leurs poubelles à une heure précise, et j’insiste sur le pluriel de poubelles et de camions, car il existe ici trois catégories de déchets, donc autant de camions : les recyclables (plastique, cartons, papiers etc.) qu’à défaut de donner à la municipalité je préfère confier à la petite vieille dame qui peut se faire un peu de sous en les revendant; la nourriture, elle-même divisée en « cuisinée » et « non cuisinée ». J’ignore la destination de la première, mais la seconde est utilisée pour faire du compost. »
Puis elle a finit par s’acclimater : « Et enfin le reste, et c’est là que je me suis posée des questions pendant un mois. Ma propriétaire avait insisté sur le fait que je devais acheter des sacs bleu clair. J’ai fait trois magasins sans en trouver un seul, il y en avait des jaunes, des verts, des roses, mais de bleu clair, nada ! Ce n’est qu’après un mois qu’une voisine m’a expliqué par langage des signes interposé que je devais demander ces fameux sacs à la caisse. Estampillés par la municipalité, ils se trouvent dans un coffre, et non à la vue de tous. Hallucinant. Ils comportent même un hologramme, comme les billets de banques. Quand on connaît leur destination finale et leur prix dérisoire, on se demande pourquoi tant de précautions. Je ne saurais encore vous répondre. Mais voilà comment, tous les soirs, je tape la discute avec mes voisins en attendant le camion poubelle… »
Taïwan novatrice et ambitieuse en matière de gestion environnementale. Pour minimiser l’impact écologique crée par les déchets, les pouvoirs publics de Taipei, la capitale, vont distribuer gratuitement des enregistrements de pétards sur CD pour tenter de limiter les habituelles nuisances sonores et environnementales du Nouvel An chinois. « Non seulement les pétards font du bruit et polluent l’air mais les pétards explosés souillent l’environnement. Nous exhortons la population à s’en passer« , recommande un message de la ville. Les pétards et autres feux d’artifice font partie de la culture chinoise. Selon de très anciennes croyances, leur bruit assourdissant éloigne les esprits malins pour l’année à venir. Le Nouvel An lunaire est fixé au 22 janvier cette année.
Le Nouvel an taïwanais est mondialement connu pour ses feux d’artifice
L’actualité des détritus ne s’arrête pas là pour les Taïwanais. Alors que le pays est l’un des plus gros consommateurs de bouteilles en polyéthylène téréphtalate (PET) au monde, ses 23 millions d’habitants en utilisant chaque année 4,6 milliards, celles-ci peuvent être revalorisées pour fournir du matériel de construction. EcoARK, un pavillon conçu spécialement pour l’Exposition internationale de Taipei par la société MiniWIZ, a été entièrement construit avec des bouteilles PET recyclées. La construction du bâtiment écologique, financé par le groupe taiwanais Far Eastern, a permis le recyclage de 1,52 million de bouteilles en plastique.

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