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Mathieu Durand : « On se préoccupe de plus en plus de nos déchets »

La rudologie  a été créée à la fin des années 1980 par Jean Gouhier qui a réalisé la première thèse sur le sujet en 1972, établissant une carte géographique des déchets français. Depuis, il a fondé l’institut de rudologie (Université du Maine) au Mans. Mathieu Durand est maître de conférence d’aménagement du territoire et à ce titre rudologue. Pour Le Blogueur, il passe en revue les différentes manières de traiter les déchets sur notre planète.

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C’est quoi la rudologie ?

La rudologie est l’étude des déchets, mais envisagée plus largement que par son aspect technique. On prend tous les autres aspects de la société en considération : l’économie, le juridique, le politique, l’histoire, le territoire. Pour devenir rudologue, il existe une formation à bac plus 5 à l’université du Maine depuis 16 ans. C’est le Master «Politiques territoriales de développement durable option ingénierie des déchets». Il accueille des étudiants au parcours à bac plus 3 ou 4 qui proviennent de filières différentes : biologie, sociologie, géographie, droit, économie, architecture… L’ Université du Maine organise d’ailleurs un grand colloque sur ce sujet les 15 et 16 novembre 2012, en collaboration avec le CNRS et la chambre de commerce du Mans.

Définition de Jean Gouhier parue dans la revue des étudiants de l’école de journalisme de Strasbourg, le News d’Ill d’Avril 2011, « Débordés par nos déchets » : Notre démarche est de lire la société depuis les coulisses du théâtre économique et social. La rudologie est l’étude des marges. Aussi bien les matériaux que les défécations ou les gens. Une marge peut être économique, technique ou sociale. Cette science a deux aspects : le premier consiste à projeter sur une carte la nature des ordures et leur importance. C’est grâce à ces cartes que la France a été pionnière dans l’organisation des collectes de déchets. Elles ont permis de les rationaliser selon les quartiers. Le second aspect consiste en une étude de l’échelle sociale des poubelles, pour révéler les comportements domestiques. La rudologie indique tous les gestes réels d’une société et non ses intentions, contrairement aux enquêtes et aux sondages.

Est-ce que la question du traitement déchets est aussi importante partout en Europe ?

On se préoccupe de plus en plus de nos déchets alors qu’après le XIXème siècle, on pensait que le citadin n’aurait plus à s’en soucier, grâce à l’action des municipalités. On s’aperçoit aujourd’hui que la participation des individus, notamment pour le tri, est importante. Il y a une prise de conscience qui va de pair avec les politiques environnementales. En Europe, on observe des différences selon les zones géographiques. Les pays du nord tentent de diminuer la mise en décharge qui ne permet pas de revaloriser les déchets et de privilégier le recyclage. La France est plutôt dans une position moyenne haute en termes de recyclage par rapport au reste de l’Europe alors que les pays scandinaves sont exemplaires. Dans l’Union européenne, 513 kg de déchets municipaux ont été générés par personne en 2009. La quantité générée par personne variait de 316 kg en République tchèque et en Pologne à 833 kg au Danemark. En moyenne, 504 kg de déchets municipaux ont été traités par personne en 2009 selon différentes méthodes: 38 % ont été mis en décharge, 20 % incinérés, 24 % recyclés et 18 % compostés (Eurostat).

Et dans le reste du monde ?

La mise en décharge qui consiste à enfouir les déchets, contrairement au recyclage qui les valorise, est plus importante dans les pays du Sud. Toutefois, la valorisation, la gestion et le recyclage des déchets sont de plus en plus importants dans ces pays, notamment du fait des recycleurs informels. Quand une nouvelle politique de recyclage est mise en place sur une commune, on constate généralement dans un premier temps, un accroissement de l’intérêt de la population. Mais ensuite, l’engouement tend à retomber si les responsables de la gestion des déchets ne le stimulent pas à travers des politiques de sensibilisation. J’ai beaucoup travaillé en Amérique du Sud. La-bas, on dit souvent que « les déchets c’est de l’or ». Mais il faut d’abord revaloriser les déchets avant qu’ils prennent de la valeur et cette revalorisation a un coût. Au départ, le coût d’un déchet est donc toujours négatif.

Jean Gouhier a dit : On traite nos déchets comme nos marginaux. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?

Je suis d’accord, même si les choses sont en train de changer. Les centres de traitement des ordures sont souvent localisés à la périphérie des villes, à proximité des quartiers populaires, là ou se trouvent les populations les plus marginales. Mais cette tendance est moins vraie en Europe que dans les pays du sud. Le modèle européen de gestion des services publics a souvent fait office d’objectif à atteindre pour la plupart des pays. Mais l’idée d’un fonctionnement différent commence à émerger.

Justement, assiste t-on à une uniformisation du traitement des déchets, ou voit-on apparaître des méthodes alternatives

On commence à repérer des alternative au système de gestion municipale qui se développement dans les pays du sud, mais également en Europe. Le système de gestion devient « composite ». La gestion par la collectivité n’est plus forcement considérée comme la norme. Et on commence à privilégier la réutilisation plutôt que la revalorisation. Au lieu de recycler, on récupère, on répare et on réutilise, sans que le produit ne passe par le statut de déchet et sans le transformer en produit industriel. Cela est mis en valeur par certaines pratiques. Il y a beaucoup de « recyclage informel » en Amérique du Sud. En France, certaines associations ont depuis adopté ce système, comme Emmaüs qui récupère et réutilise les objets. Mais c’est encore émergent. Il s’agit tout simplement du bon vieux système de « récup » mais avec des pratiques sans risques sanitaire contrairement aux pratiques de la période antérieure au XIXe siècle.

Avec l’accroissement de la population mondiale, risquons nous d’être débordés par nos déchets ?

Plus la population croît, plus il y a de déchets ; pendant longtemps, plus le PIB augmentait, plus les déchets produits étaient nombreux, c’est vrai. Mais aujourd’hui, cette tendance commence à s’inverser dans certains pays. En France, par exemple, nous diminuons notre volume depuis 2008. Cela s’explique par des directives européennes qui ont impulsé ces dynamiques, créant toute une série de réglementations qui touchent les entreprises. Il y a encore beaucoup trop d’emballages superflus, mais globalement, on a enrayé la tendance. Le Grenelle de l’environnement est à l’origine d’une série de mesures élaborées en 2009 pour inciter à revaloriser les déchets.

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