La fausse mue du Coyote
Reportage avant le changement de législation
Il a beau avoir changé d’appellation, face aux radars, le Coyote fait toujours bip bip. La société Coyote System, qui revendiquait le titre de principal concepteur français d’avertisseurs de radars se félicite d’être devenu le premier fabriquant « d’assistants d’aide à la conduite » en ayant, dès le mois de novembre, purgé les systèmes installés des programmes interdits. Mais si le vocabulaire change, la fonction reste la même, à peu de choses près.
En 2005, année de sa création, la société Coyote System ne s’en cachait pas. Elle fabriquait des détecteurs de radars en toute légalité. Près de 60 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2010, plus d’un million d’abonnés en France, une application placée au troisième rang des plus téléchargées sur I-phone avec près de 40 000 abonnés en plus chaque mois, l’entreprise qui emploie une quarantaine de salariés a longtemps coulé des jours heureux
.
Mais pour le Nouvel an, le gouvernement a annoncé par la voix du ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, une batterie de nouvelles mesures répressives pour les automobilistes. En tête de liste, l’interdiction pure et simple des avertisseurs de radar, jugés dangereux pour la sécurité routière. Selon le Journal Officiel de mercredi, « la détention, le transport et l’usage des avertisseurs de radars sont interdits« . L’utilisation d’appareils non conformes détectant les radars sera sanctionnée par une amende de 1500 euros et 6 points de retrait de permis.
Contrairement à Navx, une société concurrente qui a portée l’affaire devant le conseil d’État, le PDG de Coyote System a décidé de faire le dos rond devant la menace de suppression du produit, et a repositionné son appareil sur le marché. « Nos 1,6 million de clients ont reçu en novembre sur leur installation le message suivant: « Mise à jour de votre logiciel pour mise en conformité » et depuis ce moment nous ne signalons plus les radars mais les zones de danger explique-t-il. Ces zones de danger sont celles où sont installées des radars ou celles que le gouvernement nous indique, elle sont longues de 4 km sur autoroute, de 2 km sur route et de 300 m en agglomération« , poursuit M. Pierlot. En clair, l’avertisseur est désormais moins précis mais tout aussi efficace. Il détecte toujours les radars, même si la communauté d’utilisateurs a le loisir d’indiquer « les autres dangers ». Sauf qu’il indique une fourchette réduite à 4km pour le localiser.
Désormais, voici ce qu’on peut lire sur son le site officiel : « La solution Coyote a pour objectif de contribuer à la sécurité et à la prévention routière en incitant ses utilisateurs à respecter la législation en vigueur ». D’appareil dangereux pour la sécurité publique, le Coyote serait devenu, en un tour de passe passe, « un instrument de prévention » routière, qui contribue à la sécurité, aide à la conduite, « anticipe les dangers« . Sur une publicité qui apparaît dans le journal Le Monde, la société va plus loin : ses informations sont pertinentes et font profiter les automobilistes « des avantages conjoints de la technologie et du fonctionnement communautaire« . On se doute bien que les nouveaux acquéreurs du petit boîtier ne l’achèteront pas pour détecter les radars, mais pour éviter de percuter un sanglier ou de s’engager sur un pont qui s’écroule.

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