Les imposteurs de la science
Ils ont révolutionné la science, porté les espoirs de nombreux patients, et repoussé les limites du possible grâce à des découvertes qui se sont avérées infondées, exagérées, voir imaginées de toutes pièces. Qui sont ces drôles de d’imposteurs ?
Scott Reuben : le Madoff de la pharmacologie
Il a révolutionné le traitement de la douleur postopératoire de millions de patients. Ses études ont permis aux anti-inflammatoires inhibiteurs comme le Celebrex et le Dynastat (Pfizer) ou le Vioxx (Merck) d’être utilisés et autorisés par la Food and Drug Administration… sans aucun fondement.
Acculé, Scott Reuben, anesthésiste américain reconnu, auteur respecté de dizaines d’articles médicaux, n’a eu d’autres choix que d’avouer sa fraude : deux des résumés d’études qu’il avait produits en mai 2008 avaient intrigué les services de santé du Baystate Medical Center (Massachusetts), où il était chef du service antidouleur. Le docteur Reuben n’avait pas obtenu l’autorisation pour conduire ces essais.
L’imposture durait depuis 1996. C’est l’une des plus importantes du genre. Les patients supposés avoir testé des médicaments censés accélérer leur rétablissement postopératoire n’ont jamais existé. Les vingt-et-un articles scientifiques qui décrivaient les bienfaits de ces molécules miraculeuses s’appuyaient sur des statistiques sans fondement.
Paul White, son collaborateur, a estimé que «ces études ont conduit à la vente de milliards de dollars » de médicaments de Merck et de Pfizer. Les travaux de Scott Reuben concernaient aussi des résultats soi-disant positifs pour le Lyrica de Pfizer pour les douleurs «neuropathiques» et pour l’Effexor de Wyeth, un antidépresseur ayant prétendument des vertus antidouleur. Ça fait mal !
Hwang Woo-Suk : du clone au cirque
Considéré comme un héros en Corée du Sud, Hwang Woo-Suk était connu pour être l’un des plus grands spécialistes au monde du clonage. Il est désormais réputé pour être l’un des plus grand clown du monde de la science.
Présenté partout comme le prochain lauréat du prix Nobel, ses recherches étaient financées à hauteur de 500 000 euros par an par le gouvernement, et la compagnie aérienne nationale lui a même offert des billets à vie. Vétérinaire d’origine, Hwang est quand même le père de Snoopy, premier chien cloné. Une prouesse, car il est très difficile d’appliquer cette technique de reproduction aux mammifères.
Ce sont deux articles publiés dans Science en 2004 et 2005 qui vont asseoir sa réputation de pape mondial du clonage : Hwang y présente onze lignées de cellules souches obtenues à partir d’embryons humains. Un espoir immense pour la recherche médicale car ces cellules peuvent être utilisées pour guérir des paralysies ou des maladies dégénératives.
Mais en 2005, Roh-II-Sung, un des cosignataires de l’article, a reconnu avoir payé les ovules de 18 donneuses. Ce n’était, à l’époque, pas illégal (la loi coréenne a été modifiée depuis), mais douteux d’un point de vue éthique. Deux semaines plus tard, Hwang reconnaissait pourtant les faits, et devait déposer sa démission.
Par la suite, un courriel anonyme dénonçait des résultats des tests ADN des cellules souches qui « collaient » trop parfaitement aux cellules d’origine. Lors d’une conférence de presse, Hwang a admis certaines « erreurs ». Dans la foulée, Roh-II-Sung a affirmé sur NBC, la télévision sud-coréenne, que le deuxième article était truqué. Hwang a présenté ses excuses, mais a nié avoir été au courant des trucages.
L’affaire s’est emballée lorsque le magazine Science a retiré ses deux articles en accord avec les auteurs (le premier a été cosigné par 15 personnes et le second par 25), et que l’État a retiré immédiatement son soutien financier au laboratoire. Deux enquêtes ont été lancées (une par la justice coréenne et une par l’université de Séoul) contre Hwang. Le Ministre de la Santé coréen a démissionné, et l’opposition a réclamait le remboursement de tous les fonds publics alloués aux recherches de Hwang (40 millions de dollars au total).
De nombreux coréens ont eu le sentiment d’avoir été trahis. Mais certains le soutiennent mordicus : un Comité de soutien pour sa réhabilitation a été créé. Le chercheur a également annoncé récemment avoir obtenu la naissance de huit coyotes clonés et prévoit de s’attaquer aux mammouth dès que possible.
Jan Hendrik Schön : de la nanotechnologie à la piposcience
Hendrik Schön avait tout pour devenir un des plus grand chercheur du monde de la science. Ce spécialiste en physique de la matière condensée et des nanotechnologies a été embauché par Bell Labs en 1997, dès la fin de l’année de l’obtention de son doctorat à l’Université de Constance.
Répertorié, en 2001, comme auteur d’un article de recherche tous les huit jours en moyenne, Schön annonce, la même année, dans la revue Nature qu’il a réussi à produire un transistor en utilisant une fine couche de molécules organiques pour assembler un circuit électrique.
Les retombées potentielles de cette découverte étaient très importantes dans la mesure où elle aurait permis de passer de l’électronique au silicium à l’électronique organique. Et d’obtenir une miniaturisation à un niveau que le silicium n’a pas permis d’atteindre. Cela aurait aussi pu permettre de réduire considérablement le coût des appareils électroniques.
Dans son livre Junk Science, Dan Agin révèle les soupçons de membres de la communauté scientifique qui affirmaient que ses données contenaient des anomalies. Les éditeurs de Nature l’ont signalé à Schön, qui prétexta avoir soumis accidentellement le même graphique deux fois.
D’autres recherches entreprises par McEuen, Sohn et d’autres physiciens permirent de découvrir de multiples exemples de données dupliquées dans les travaux de Schön, ce qui a amené Lucent Technologies (qui dirigeait Bell Labs) à mener une enquête plus approfondie. En mai 2002, Bell Labs nomma le professeur Malcolm Beasley de l’université Stanford à la tête d’un comité chargé d’enquêter sur l’affaire.
Le rapport publié par le comité, le 25 septembre 2002, contenait des détails sur les 24 allégations de mauvaise conduite. Au moins 16 d’entre elles ont été prouvées. Pour se justifier, Schön a expliqué que des substitutions avaient pu avoir lieu par erreur. Il a tout de même reconnu avoir falsifié certaines données pour montrer des preuves plus convaincantes de ses résultats expérimentaux. Tous les coauteurs ont été innocenté, ce qui a provoqué un grand débat au sein de la communauté scientifique sur la responsabilité collective des chercheurs.
Schön est retourné en Allemagne et a obtenu un poste dans une entreprise d’ingénierie. En juin 2004, l’université de Constance a publié une déclaration de presse selon laquelle le doctorat de Schön était révoqué pour « conduite déshonorante ». Le porte-parole du département de physique, Wolfgang Dieterich, a qualifié cette affaire « la plus grande fraude en physique des cinquante dernières années ». Schön fit appel, mais l’université confirma sa décision le 28 octobre 2009.

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