Dieudonné, humour noir c’est noir
Dieudonné. Je le trouve mauvais, aveuglé par la grande bataille entre Juifs et Noirs sans cesse répétée dans sa tête et sur scène, à la radio, à la télé, toujours et encore. Il pose pourtant la question des limites du « sketch ». Et celle du droit de censure.
En 1995, Dieudonné était bien marrant dans son tandem avec Elie Semoun.
Et puis le vent a tourné, Dieudonné s’est enflammé.
En 2000, le CNC lui refuse une subvention pour la réalisation de son film intitulé le « Code noir ». Pour Dieudonné, ce sont « les sionistes du CNC » qui le censurent. Il enchaîne les propos polémiques dans les médias, ici pour dénoncer l’image des Noirs ramenés à des figures de mascarade, là pour s’en prendre à « l’escroquerie » des juifs et à leur lobby « qui déteste les Noirs ».
En 2003, c’est le sketch sur France 3 dont on parle encore, un accent de terroriste pour inviter les jeunes des cités à rejoindre « l’axe américano-sioniste » avant de s’exclamer « Isra-heil ». Le public rit. Pas la LICRA, l’UEJF ou le CSA. Une plainte est déposée pour diffamation raciale.
Il est relaxé.
Et depuis ça n’en finit pas. En 2004 son théâtre est assiégé par des militants de l’UEJF et de la Fédération sioniste de France. Dieudonné déclare que les Juifs ont financé la traite des Noirs, il se rapproche du Front National, se lance en politique, dénonce racisme, sionisme, et communautarisme d’une même verve, s’amuse sur scène avec Robert Faurisson, ce charmant négationniste à qui il remet le « prix de l’infréquentabilité et de l’insolence » en décembre 2008 au Zénith. C’est un technicien habillé d’un grand pyjama à carreaux qui est venu remettre le prix devant une foule hilare (dont Jean-Marie Lepen).
Dieudonné a été condamné pour ce sketch à 10 000 euros d’amende en octobre 2009. Bertrand Delanoë ne veut plus le voir dans un théâtre parisien, suivant la décision des maires de Montpellier, Besançon, ou Belfort.
Voilà tout. Dieudonné est racialiste, si ce n’est raciste, antisémite, anarchiste et vulgaire. Alors on lui coupe la tête ? Les fonds ? Les scènes ? On accrédite son combat pour le ponpon de la victimisation ?
Faurisson n’a pas été condamné à la suite de leurs numéros répétés sur scène. Est-ce le statut de comique qui réduit la liberté d’expression ? La suspicion d’influencer les masses à coups de blagues et chapeaux pointus ?
C’est à croire que les comiques sont plus redoutés que les intellectuels ou les politiciens. Les pouvoirs d’adhésion de l’humour font peur. A raison d’ailleurs car ils sont grands. Mais est-ce une raison pour interdire à un comique amer le droit de citer ?

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