Cette semaine : où vont nos poubelles ?
Adepte du tri sélectif, le Blogueur enquête en Autriche, championne européenne du compostage et du nombre de poubelles par foyer ; en Italie, où les miasmes de Naples ne doivent pas masquer les initiatives citoyennes ; et en Alsace, département frontalier exemplaire où moins on produit de déchets, moins on paie.
Sur le web, on part à la rencontre d’un rudologue, sorte de sociologue des déchets, pour faire un état des poubelles en Europe, on visite un tout nouveau centre de tri au cœur de Paris, on se rend à Taïwan pour écouter la musique des camions poubelles et on vous présente la « fun theory », ou l’art d’inciter les gens à agir pour leur planète en les amusant.
Mais on parle aussi de chiffres, car un jour peut-être, le Vieux Continent sera débordé par ses déchets et on l’appellera le Puant Continent : 513 kg de déchets municipaux ont été générés par personne en 2009 dans l’Union européenne. Le poids par habitant variait de 316 kg en République tchèque et en Pologne à 833 kg au Danemark. En moyenne, 504 kg de déchets municipaux ont été traités par personne la même année selon différentes méthodes : 38 % en décharge, 20 % incinérés, 24 % recyclés et 18 % compostés (Eurostat). Et les projections statistiques ne sont pas encourageantes : si rien n’est fait d’ici 2020, l’Europe produira alors près de 50% de déchets de plus qu’en 1995. Beurk !
Une fois n’est pas coutume, en matière de gestion des ordures, la France fait figure de précurseur. Le terme poubelle provient, par antonomase, du nom de son inventeur en 1884 : le préfet de la Seine Eugène Poubelle. Ce nom de famille, Poubelle, a lui-même pour origine l’expression pou bel (« peu beau »). Le 7 mars 1884, sous la IIIe République, Eugène signe un arrêté préfectoral relatif à l’enlèvement des ordures ménagères, pour lutter contre l’entassement des déchets dans les rues de la région parisienne. Les propriétaires parisiens devaient alors fournir « un récipient de bois garni à l’intérieur de fer blanc » à chacun de leurs locataires.
Très vite, l’emploi de poubelles s’est imposé en France dans chaque commune et chaque foyer, puis dans tous les pays industrialisés qui ont adopté le principe du ramassage des ordures. Depuis, de l’eau (usée) a coulée sous les ponts. Nous les Européens, avons pris conscience qu’en plus d’avoir un coût, les déchets ont une valeur. Tel des phénix renaissant de leurs cendres, nos déchets se réincarnent en matières premières industrielles. Mais cette seconde vie n’est pas toujours soumise à une revalorisation. Il suffit de se rendre porte de Montmartre pour comprendre qu’il existe un véritable commerce du gaspillage : un marché de sauvage fournit des chômeurs, des retraités, des étrangers en situation précaire, ou toute personne qui n’a pas les moyens de s’alimenter par des voies plus conventionnelles. Dans le reportage, une vendeuse révèle le secret de son business : « On va chercher tout ça à la sortie des magasins. Ce sont les vigiles qui me les donnent. Et comme ils ont pas le droit de me les donner dans les magasins, ils me les mettent dehors dans des sacs plastique« .
Devant une telle menace, certains maires « courageux » ont pris le taureau par les cornes : l’UMP Jean-Paul Martinils a fait interdire les fouilles dans les poubelles de Nogent-sur-Marne, afin de protéger les honnêtes riverains avant de se rétracter à moitié devant la polémique suscitée par son initiative. En août, le maire UMP de La Madeleine, dans le Nord, avait pris ce type d’arrêté et l’avait même fait traduire en roumain et bulgare, provoquant l’indignation dans la région. Mais il n’y a pas qu’en France que les hommes politiques font preuve de courage. Un Allemand de 52 ans doit se défendre devant la justice car il voulait manger des biscuits jetés à la poubelle d’une boulangerie. Le propriétaire du commerce a porté plainte contre lui. Il est accusé de leur avoir « piqué » quinze paquets de biscuits et un seau de viennoiseries en 2010.
On trouve vraiment de tout dans les poubelles d’Europe.








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